Une interview d'Elsy Jacobs en 1967
LE RÉPUBLICAIN LORRAIN 24.03.1967
ELSY JACOBS
Longue, élégante, distinguée, Elsy Jacobs, dans son bureau de l’établissement Désiré Barras, une société assez importante (300 ouvriers), spécialisée dans la recherche scientifique, reçoit avec une grande amabilité la clientèle.
Depuis un mois, la championne du Luxembourg est employée dans cette firme en pleine expansion et dont le grand patron se trouve être également le président du Cercle sportif municipal de Puteaux, nouveau club d’Elsy Jacobs.
“J’ai dû me soumettre à un essai de quinze jours durant lequel j’ai répondu exclusivement au téléphone. De standardiste, je viens de passer dactylo-facturière, public-relations et à l’occasion interprète. C’est un début intéressant, d’autant plus que M. Barras m’accorde gentiment le jeudi pour m’entraîner. Bien entendu, je ne possède pas encore de carte de travail, mais comme mes chefs m’ont affirmé qu’ils étaient fort satisfaits de mes services, je peux entrevoir l’obtention de ce précieux document”.
─ Et vos activités sportives?
─ Tous les jeudis, j’emmène avec moi quatre ou cinq filles pour effectuer un parcours particulièrement redoutable, le circuit de Pont-Carré. Je couvre ainsi 70 kilomètres avec de nombreuses côtes, des virages en épingle à cheveux, des rues pavées, l’entraînement idéal!
Comme le beau temps semble régner, j’espère bientôt me rendre à mes occupations à vélo, c’est-à-dire 25 kilomètres par jour. Actuellement, je loge chez deux de mes camarades, mais je souhaiterais trouver un appartement.
─ Quels sont vos projets?
─ La première course de cette saison remonte à dimanche dernier à Dijon où sur 30 engagées, j’ai terminé 6e, battue au sprint. Il est vrai, que mal renseignée, j’ai produit mon effort prématurément. Pour Pâques, je me rendrais en Bretagne et le lundi dans les Deux-Sèvres.
Comme vous le voyez, je n’ai nullement le temps de m’ennuyer: travail, compétions; pour moi c’est le principal! Il entre également dans mes intentions de m’inscrire à des cours de sténo-dactylo. Ainsi je grimperai dans la hiérarchie. Jusqu’à présent, je suis très heureuse de mon sort, mais j’ai parfois la nostalgie du Luxembourg.
─ Vous verra-t-on sous les couleurs grand-ducales?
─ Evidemment, il n’y a aucune raison. Je reste Luxembourgeoise avant tout et souhaiterais figurer dans la sélection grand-ducale pour les championnats du monde. D’ailleurs, entre deux compétions, je retournerai pour voir mes amis. Je vous quitte maintenant, la clientèle n’attend pas.
Et, avec un charmant sourire, Elsy Jacobs accueillit un visiteur. Nous étions loin de l’ex-championne du monde, du vélo tout court. Elsy Jacobs entame sa reconversion.
A.-P. HUTTON
(Journal consulté aux Archives nationales)