Il y a ... 85 ans
ESCHER TAGEBLATT 02.07.1925
Vie de Frantz (par Joseph Delteil).
Frantz (Nicolas pour les dames) est venu au monde sur une bécane sous un chou qui était une vache. Il avait seize ans, l’âge des fauves prédestinés, quand sa mère de Mamer lui tendit les sucettes quaternaires de Lison-Lisette parfumée de bouse ammoniacale.
Quand Nicolas eut bien regardé en face sa Lison, il tira son jabot et s’écria: “Nous sommes d’accord! Napoléon en disait autant, le pauvre, quand il dévisagea le Destin à Waterloo. Nous arrangerons cela et bien mieux que l’autre.
Bottecchia avait frémi dans l’ombre d’une éclipse de soleil aussi invraisemblable que le coffre-fort de la grande Thérèse. Du fond des Italies il accourut pour compisser les fonts-baptismaux du jeune dieu. Mais Sophocle s’émut sur son socle et David (Fernand) dansait devant l’arche des arts décoratifs.
Mais, à navrance de la France et du tour de France! Frantz s’étira en bâillant. Il avait soif. O soif sacrée, soif avec une grande F, danse de la soif, il atteignit les bidons quint-essenciés de Lison, lisse liseron alité sur sa litière, débordant de voie lactée. Il but et fit son plein de lait.
Frantz enjambe sa bécane et se cravate de boyaux roses. Aurore lève-toi! Il court au téléphone et décroche le récepteur: Allô, mademoiselle, Frantz d’abord! A bas Bottecchia! A bas Bottecchia et vive le filleul de saint Nicolas, le vainqueur des vainqueurs et le sprinter des Himalayas! Que non ascendam! Qu’on m’amène une locomotive et dix kilos de prunes que je fasse taire ces cabotins des grands chemins! Moi, jouer la comédie à Mamer, vous ne m’avez donc pas regardé, ni les mollets velus d’Hercule ni la soufflante de Vulcain! A moi la route que je la déroute et la chaussée pour que je la déchausse, je veux courir et montrer à ce pisseur de Bottecchia à qui l’emportera. Je mange les étapes, je bois les obstacles, j’ai dit!
Et Frantz s’élance. La France est à lui, car il se lève de bon matin. Il sourit, car il n’a qu’a vouloir. Mais il ne s’en fait pas pour si peu, car il s’appelle Nicolas-le-Vainqueur.
Ah, si Pindare vivait! Il n’a vraiment pas eu de chance! Ariston men hydor! Quelle pitié, mon pauvre! Et le lait de Lison! Non mais, tu parles!
Pour copie conforme PHILINTE
(Journal consulté aux Archives nationales)